Schule des Rades

Hermann Keyserling

Reise durch die Zeit

III. Wandel der Reiche

III. Stalin - Positive Gegenbewegung

Ehe wir weiter gehen, ist es notwendig, sich mit den positiven Gegenbewegungen zum Bolschewismus auf gleicher historischer Ebene zu befassen. Hier glaube ich nichts besseres tun zu können, als einen Aufsatz wiederzugeben, den ich im Juni 1939 in der antibolschewistischen Pariser Zeitschrift Civilisation et Bolchevisme veröffentlichte. Bei diesem Aufsatz handelte es sich um eine metapolitische Schrift; ich wollte die Sympathie für Sowjetrußland in den Ententeländern, so weit es an mir lag, zu zerstören helfen. Und was immer an Geistesausdruck politisch gemeint ist, wird schnell überholt, weil es notwendig ein praktisches Ziel verfolgt und darum gar nicht ganz wahr sein kann. So mag es wohl sein, daß die Tatsachen der Zeit, in welcher dieses Buch der Öffentlichkeit zugänglich werden wird, meinen damaligen Prognosen nicht mehr ganz entsprechen werden. Aber der Sinn der bolschewistischen Bewegung und der ihn bekämpfenden Gegenbewegungen war damals leichter zu fassen, als auf Grund der Weltlage von 1943, und darum lasse ich auch das so stehen, wie ich es damals hinstellte, was ich schon, schriebe ich heute, ein wenig anders fassen müßte. Dieses Buch ist überhaupt in verschiedenen Zuständen und in verschiedenen Jahren geschrieben worden und die sich daraus ergebenden Unstimmigkeiten habe ich nur selten korrigiert, weil vom Standpunkt seiner Grundintention das Erlebnishafte wichtiger ist als das praktisch Richtige.

Jener Aufsatz, am 16. Mai 1939 verfaßt, führte den Titel Désagrégation et Rénovation, und in der Tat läßt sich die Gegensatzstellung zwischen dem rein Zerstörerischen des Bolschewismus und dem rein Aufbauenden der ihn bekämpfenden Gegenbewegungen, soweit diese Beziehung gilt, schwer besser in einem Begriffspaar fassen. Und zwar drucke ich diesen Aufsatz zur Sicherheit im französischen Originale ab. Kein Gedankengang läßt sich aus einer Sprache ganz unverfälscht in eine andere übertragen und an den falschen Übersetzungen von On the Meaning of the War habe ich so viel Schädigungen erlebt, daß ich mich Gleichem ein zweites Mal nicht aussetzen will.

Les grands bouleversements de l’histoire ne peuvent être compris d’après le schéma de cette causalité qu’applique avec tant de succès la science physique: dans leur cas, ce n’est jamais la cause immédiate, mais la raison d’être profonde, insaisissable à l’intellect superficiel, qui détermine et dirige les événements. La cause immédiate — toujours contingente, souvent accidentelle — ne fait que déclencher ce qui dévait arriver, tôt ou tard, et de toutes façons. En effet, les grandes révolutions, au sens le plus large du terme, illustrent, de manière à la faire sauter aux yeux de quiconque sait voir, cette vérité fondamentale qui régit toute la vie humaine: c’est le Sens qui crée l’état de fait, et non pas vice-versa. Parce qu’il en est ainsi, il n’est jamais impossible de prévoir avec un très haut degré de probabilité la suite des événements d’ordre collectif. Ne reste imprévisible que la cause contingente qui déclenche tel ou tel autre fait ou, encore, le moment précis où elle interviendra. C’est précisément au point de vue de ce sens créateur qu’ont été écrites — et doivent être lues et comprises — les observations qui vont suivre. Je parle en philosophe, et non pas en homme politique. Et en tant que philosophe, je ne pense évidemment pas en partisan, prisonnier d’une formule politique quelconque. Dans le domaine du pratique, je ne peux viser qu’à la synthèse positive et ce par le discernement de l’aboutissement final de chaque mouvement individuel. Si j’ai accepté d’écrire dans ce périodique — représentant, naturellement, un parti — c’est parce que je suis persuadé que, seuls, ceux qui ont passé personnellement par la tourmente de notre cruelle époque de transition, que, seuls, ceux dont l’âme a été forgée par ce destin unique seront appelés un jour à réaliser la synthèse que je vise directement. Mais, Synthèse — le répéterai-je assez — se situant sur un plan supérieur à celui sur lequel se fait le jeu des thèses et antithèses qui caractérisent un moment passager de l’histoire.
Ce qui se passe actuellement sur notre planète, habitée par l’homme civilisé ou cherchant à le devenir, n’est rien d’autre — quelle que soit la forme revêtue ou l’étiquette appliquée — que ce que les anciens Hindous appelaient la désagrégation dela forme antérieure. L’immense erreur de la conception du monde qui prédomine à partir des Révolutions Americaine et Française consiste dans la croyance que ces deux révolutions auraient créé un ordre définitif; un ensemble de faits et de principes immortels, nécessairement restaurés après chaque perturbation ultérieure, laquelle, par définition, ne saurait être que passagère. En réalité, l’équilibre momentané, représenté par l’ère libéralo-démocratique, n’atteste que l’aboutissement d’une longue interférence de forces polaires, dont les débuts remontent au XIXième siècle. Pour s’en convaincre, il suffirait de relire à ce propos les lumineuses démonstrations de Tocqueville, aussi actuelles aujourd’hui qu’elles l’étaient il y a cent ans.
L’équilibre précédemment obtenu ne signifie donc une synthèse finale qu’au point de vue des forces antagonistes, qui luttèrent les unes contre les autres sur le même plan, dans un même champ de forces, jusqu’au XIXième siecle. Or, les forces prédominantes de nos jours ne sont plus les mêmes qu’hier: la règle du jeu a changé depuis. L’equilibre libéral fut obtenu, pour ainsi dire, à la suite d’un règlement de comptes entre le premier, le second et le tiers-état constituant la force dominante. Cependant, quelques décades seulement après la victoire de ce dernier, avec la révolution industrielle, l’eveil de la conscience sociale et la transmissibilité universelle de toute idée due au progrès de la technique, sonna l’heure de l’entrée en scène d’un quatrième état. Dès lors, ce sont ses besoins à lui — les besoins de ceux qui n’ont hérité de rien, qui ont tout à gagner et rien à perdre —, qui jouent le rôle de force motrice dans toute évolution postérieure. Et cet élément nouveau représente bien aujourd’hui les 95 pour cent du genre humain, puisque, en leur majeure partie, les privilégiés de naguère sont rentrés dans les rangs des dépossédés.
La cause contingente de la guerre mondiale déclencha ce qui devait se produire tôt ou tard, à partir d’environ 1850. Mais depuis la dernière guerre, les besoins des nations opprimées sont devenus semblables à ceux des individus déshérités, ce qui a formidablement augmenté le potentiel des nouvelles forces en jeu. Désormais, il n’y a plus de retour possible. Une paix dur able, sur la base du statu quo, est hors de question. L’ère libérale, l’ère des principes dits éternels fut celle de la dernière force prédominante (classe sociale ou Etats par elle enrichis); elle fut celle des nouveaux notables, possesseurs de droits acquis et reconnus immuables. Le monde qui naît sera vraiment celui de tout le monde. Or, tout le monde ne peut conquérir la place des ci-devants notables qu’en abolissant leurs privilèges.
Ce tout le monde n’est évidemment pas une classe. L’idéologie marxiste, se fondant sur cette autre idée caractéristique du siècle dernier, prétendit octroyer au prolétariat seul les privilèges retirés aux autres classes. Une pareille conception ne peut pas ne pas aboutir, à la longue, à un état de choses, soit nettement réactionnaire, soit purement destructif. C’est la première alternative qui fut choisie par le socialisme ou marxisme modéré. Et ne le voyons-nous pas se muer irrésistiblement, dans n’importe quel pays, en une nouvelle bourgeoisie, calquée sur l’autre, mais encore plus étroite d’esprit. La seconde alternative se trouva annexée par le maximalisme international et en particulier russe. Celui-ci, en se figeant dans le préjugé de la Dictature du Prolétariat — classe presqu’-inexistante dans la Russie pré-bolchévique — devient, par la nature des choses et tous les jours davantage, désagrégation ou destruction pure et simple. Inutile d’insister: logiquement, il est impossible pour le bolchévisme d’évoluer jamais en quelque chose de constructif. Bien entendu, Lénine voyait, ou prétendait voir dans la dictature du prolétariat l’aurore d’une ère où l’univers entier deviendrait heureux. Mais les préventions de l’intellect restent impuissantes devant la dialectique immanente de la vie et de l’histoire. Aussi, pour autant que l’idée bolchéviste se riva à une conception arriérée du XIXième siècle (celle des classes), pour autant quelle opta — inversion monstrueuse de l’idée chrétienne primitive —, une fois pour toutes, pour ce qui est bas, il n’y a sur la terre de progrès possible que dans une attitude de combat contre le principe bolchéviste. Quiconque désire le minimum de bonheur pour tout le monde, qu’il vienne de gauche ou de droite, doit nécessairement, à ce tournant de l’histoire, être anti-bolchévique.
Mais, comment se fait-il que d’aussi fortes majorités, parmi tant de peuples, non seulement civilisés, mais nobles d’âme, n’aient point compris immédiatement ce qui est l’évidence même?… Comment se fait-il que plusieurs nations soient en train de lier leur destin à celui d’un ordre politique, social et économique, fondé sur la lutte des classes? D’un ordre nettement destructif, le plus absolument dépourvu de moindres germes d’un avenir meilleur, qui fût jamais? Ceci est dû surtout au fait que les peuples, victorieux dans la grande guerre, n’ont pas été assez remués pour que se trouva brisé le monde de leurs conceptions périmées. Cela est dû aussi sans doute, à ce que l’idéologie marxiste et bolchévique est essentiellement fille du XIXième siècle: elle apparaît du moins sa proche parente, si destructive qu’elle soit. Et depuis toujours, au point de vue de l’homme instinctif, c’est l’étranger, en tant que tel, qui est l’ennemi. En embrassant du regard les conséquences inévitables d’un pareil aveuglement, je ne peux que bénir le ciel pour toutes les difficultés que ces peuples rencontrent sur leur chemin: peut-être se ressaisiront-ils avant qu’il ne devienne trop tard. Je dis trop tard parce que, lorsque la Russie renaîtra, elle sera fatalement de beaucoup plus anti-bolchéviste encore que ne le sont l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne et la Hongrie. Et devant cette Russie nouvelle ne s’ouvrira-t-il pas un avenir plein de promesses incalculables?… Peu de vérités me paraissent plus significatives et plus importantes que celles signalées dans l’admirable livre1 (que j’ai non seulement lu mais médité par trois fois et dont j’ose recommander la même méditation à tous mes lecteurs sans exception) d’Ivan Soloniéwitsch: les Russes qui survivront à l’Enfer d’aujourd-hui seront cent fois plus intelligents et cent fois plus forts que leurs compatriotes d’avant-guerre!
Je le répète encore une fois, j’écris tout ceci non pas en partisan d’un parti quelconque, mais en philosophe qui ressent sa part de responsabilité dans la victoire finale du Vrai et du Bien. Je me refuse donc à entrer dans les détails, considérés comme contingents de l’endroit réservé à un penseur. Je renonce également à traiter du problème importantissime de la liberté, si faussement posé dans la plupart des cas, pour la plupart du temps. Ne l’ai-je pas fait, d’ailleurs, précisément au point de vue du Devenir Historique actuel, tout au long d’un chapitre entier de mon dernier livre français De la Souffrance à la Plénitude? Par contre, je signalerai en peu de mots un autre aspect — un seul — du même immense et fatidique problème.
Toute création vitale et toute évolution créatrice procèdent en fonction de la loi de polarité, donc au moyen d’une fixation d’antipodes polaires, corrélatifs et complémentaires, opposés l’un à l’autre. Cette loi implique pour chaque pôle à l’état naissant la nécessite d’assumer la forme concrète qui correspond à l’anti-pôle existant. Or, le pôle bolchévique de la révolution mondiale symbolise la destruction. De sorte que tout ce qui est constructif ne peut pas ne pas se condenser autour du pôle antibolchévique. Et cette condensation impliquant une tension croissante, à son tour, entraîne la conséquence suivante: par polarisation avec l’antibolchévisme le bolchévisme lui-même deviendra de plus en plus destructeur. Et une autre conclusion qui s’impose aussitôt après le corps à corps entre Bolchévisme et Anti-bolchévisme se déroule sur le même plan, les deux forces adverses appartiennent au même champ de forces; à un champ de forces bien différent de celui qui servait d’enclos aux ébats du libéralisme d’antan. Donc les contre-idéologies et les contre-buts du Bolchévisme ne sauraient ne pas avoir certaines caractéristiques et procédés en commun avec l’adversaire qu’elles combattent. Cette évolution centrifuge des contrastes tendant vers deux extrêmes, qui se touchent d’autant plus qu’ils s’opposent, aurait probablement pu être évitée si, aux moments critiques de l’histoire de ces dernières décades, les dirigeants des peuples les plus puissants eussent été dotés d’une intelligence merveilleusement supérieure… Mais il est ridicule de pleurer les occasions manquées. Dorénavant, quiconque veut collaborer à l’avènement d’un avenir meilleur doit compter avec l’extrémisme acquis et sa croissance en force et virulence, inversement proportionelles à la compréhension routinière des esprits timides. Ce qui revient à dire que si l’on comprend réellement les signes du temps, an n’a plus le droit de s’attarder aux phénomènes contingents et passagers. Raisonnablement, an ne peut opter qu’entre ce qui est ou deviendra finalement, en dernière instance, constructif et ce qui est ou deviendra finalement, en dernière instance, destructif. Les faits particuliers que l’on peut relever pour et contre ne comptent plus.
La seule question d’importance est la suivante: d’un état donné peut-il sortir, oui ou non, quelque chose de positif ou cela estil devenue radicalement impossible? Tout aboutissement positif du bolchévisme étant désormais exclu, la rêponse est faite. Car ce ne sont jamais les théories en tant que telles qui meuvent l’histoire, mais uniquement leurs concrétisations et, partant, les précédents vitaux. Une fois mises en pratiques, les théories immortelles ne survivent point à une Humanité ayant eu le temps de vieillir. Les conceptions nouvelles ne s’embarassent nullement du poids mort de leurs devancières, elles ne leur empruntent que ce qui assure la vitalité de l’espèce humaine. A la longue, les mots d’ordre du passé perdent tonte signification en dehors de celle qui évoque dans la mémoire une expérience vécue ou provoque nos actes instinctifs en fonction de l’hérédité ou de l’habitude. Le courant de la vie reste toujours irréversible.

Mehr will ich darüber nicht sagen, daß seit dem Aufstand des vierten Standes die negativen Erscheinungen, zu denen er führt, nur auf der gleichen Ebene mit Erfolg bekämpft werden können. Den Gegenbewegungen gegen den Bolschewismus wird später, wenn die Zeit dazu reif ist, ein besonderes, eingehendes Kapitel gewidmet werden. Schon aus dem neuabgedruckten kurzen Aufsatz aber geht hervor, ein wie einheitlicher Zeitgeist neuerdings den ganzen Planeten beherrscht. Die Menschenwelt ist schon heute, 1943, eine Ökumene, obgleich sie in mehrere sich bekämpfende große Gruppen zerrissen ist. Und wird sie heute zum großen Teil von Satan beherrscht, so ist eine Bezwingung seiner nur mehr dann denkbar, wenn dieser einheitliche Zeitgeist als oberste Voraussetzung anerkannt ist.

1Iwan Solonewitsch, Die Verlorenen, eine Chronik namenlosen Leidens, Essener Verlagsanstalt 1928 [Anmerkung des Keyserling-Archivs]
Hermann Keyserling
Reise durch die Zeit · 1948
III. Wandel der Reiche
© 1998- Schule des Rades
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